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Peut-on aller au Yémen en voiture ? Le Matin de Paris, 18 mai 1978

Yémen en voiture
Le Matin de Paris, 18 mai 1978

Peut-on aller au Yémen en voiture ?

En principe, il n’est pas possible de se rendre au Yémen en voiture. L’Arabie saoudite refuse d’accorder des visas. Seuls les hommes d’affaires voyageant en avion envoyés par leur compagnie en obtiennent.
D’autre part, les deux pistes d’accès au Yémen depuis l’Arabie saoudite sont impraticables aux voitures de tourisme. Il n’y a pas d’autre route possible. Seules, à priori, les quatre roues motrices peuvent paner. La piste du Nord, de Najran à Saada est dangereuse. Le banditisme et les tribus insoumises la rendent peu sûre. Celle du Sud, de Jizan à Bagil, autant que celle du Nord, comporte des passages sablonneux et de nombreux gués. Avant 1982 ces deux itinéraires seront entièrement goudronnés et l’on pourra se rendre de Paris à Aden sur l’asphalte, mais aujourd’hui c’est encore l’aventure !
Comment cet hiver Sophie et Roland ont-ils réussi à atteindre Sanaa, capitale du Yémen, avec leur vieille Peugeot 1964 ? « Avec beaucoup d’entêtement », répondent-ils.
Jusqu’en Turquie aucun problème frontalier. À partir de la Syrie un carnet de passage en douane est nécessaire pour la voiture. Il implique une caution variable (voir le Touring Club de France). Le visa syrien s’obtient à la frontière. Sophie et Roland avaient pris les visas jordaniens et yéménite à Paris. Restait le difficile problème du visa saoudien. Problème d’autant plus aigu que c’était la période du Hadj drainant des centaines de milliers de pèlerins vers La Mecque. Munis de lettres de recommandation et armés de patience, ils se présentèrent à l’ambassade saoudienne d’Amman et ils obtinrent, à la stupéfaction générale, leurs visas en une heure. Des Français attendaient depuis une semaine, deux Suisses venaient de se les faire refuser. L’apparence, la motivation du voyage, l’habitude des palabres orientales peut-être ? La chance ? Selon eux, c’est probable.
La difficulté administrative évanouie, restait le parcours délicat. Un habitué des pistes sahariennes peut s’aventurer avec une Peugeot de Jizan Bagil mais en aucun cas il ne peut s’y risquer seul. Un guide local, familier du terrain est absolument nécessaire car chacun fait “sa” piste, le camion aux larges ornières, la Toyota, le. chameau. S’organiser à Jizan pour partir en convoi ou pour conclure un marché d’assistance avec un chômeur ou un chauffeur de taxi. En cas de panne, d’ensablement définitif, il s’engage formellement à vous sauver et à vous remorquer s’il le faut jusqu’à la prochaine civilisation. Si le cœur manque on peut toujours espérer charger sa voiture sur un camion. Sophie et Roland ont parcouru ces 340 km en deux jours et demi, d’autres voyageurs moins heureux ont mis dix jours. Ils évoquent avec bonne humeur les péripéties de leur immersion dans le Ourdi Mawr assis dans la voiture de l’eau jusqu’à la taille et dans de l’huile de moteur.
Pour rentrer en France, il ne faut pas espérer obtenir un visa de transit. L’ambassade d’Arabie Saoudite à Sanaa n’en délivre jamais. Pour la petite histoire, de mémoire d’Occidentaux installés au Yémen, on cite le cas unique d’un couple helvétique, chasseurs de lépidoptères nocturnes l’ayant obtenu grâce à un membre de l’ambassade grand amateur de papillons nocturnes lui aussi…
Il faut donc charger la voiture sur un boutre pour traverser la mer Rouge (mais cela est un autre article…) ou la vendre. Les Peugeot, en tous cas sont très appréciées.

jeudi 26 novembre 2015, par Ulysse